1 : Inoculation [FR]

By 0lbatar | 0lbastarz, Wae to Moon | 17 Aug 2020


J'ai toujours voulu écrire. Sans jamais vraiment concrétiser cette volonté et surtout sans savoir par où commencer. Un peu comme un tas de trucs qu'on se promet de faire un jour mais qu'on repousse éternellement en se disant que le moment où on aura le temps de s'y mettre finira bien par arriver.

En général, je me lasse trop vite d'un tas de choses mais j'aime ça, écrire, et lire aussi mais pas que. J'aime nager, me goinfrer de choses succulentes, jouer aux jeux vidéos, dépenser du fric dans des gadgets sans queue ni tête, boire de l'eau pas trop minéralisée, crocheter des radiales et des tubulaires, coder des programmes débiles, dessiner des trucs que j'imagine me rejoindre un jour, parvenir à me rappeler de mes rêves, dessouder des composants, j'ai un besoin oppressant de stimuler mes méninges, ce qui parfois me stresse ou me déprime. Ce qui me pousse à croire que l'ignorant est bien plus heureux que celui qui est trop conscient.

Depuis mon jeune âge, j'ai toujours joué au jeux vidéos. Avant la démocratisation des consoles de salons, la plupart de mes amis étaient sur ordinateurs achetés une fortune chez Tandy. Mes potes demandaient au daron de lancer la machine sur le bureau et de changer de jeu sous DOS, t'étais assis sur le côté et ton pote monopolisait son vieux clavier pour jouer à son vieux jeu de plate-forme tout pourri. Y avait bien les jeux électroniques style Game&Watch mais ça ne valait pas la convivialité et l'ergonomie d'un "système de divertissement".

Mon inoculation se fit en 1989, j'avais 5 ans, via la Lynx d'Atari reçue pour mon anniversaire en février et la NES que je me suis vu offert à Noël avec le bundle Mario Bros./Duck Hunt. Difficile à 5 piges ans de comprendre et jouer correctement à des jeux comme Scrapyard's Dog ou Gargoyle's Quest. Heureusement que ma cousine un peu plus âgée, malgré nos rapports conflictuels ( Je t'<3 W. ;), m'a permis de progresser sur plein de jeux et en particulier sur Zelda II, Mario bros 2 et 3. Mon entrain n'a jamais diminué, et ainsi j'ai reçu au fil des ans qui passaient la Master System II de Sega avec Dungeons & Dragons, Moonwalker ou encore Shinobi, la Game Boy, la Super Nes, la Jaguar, la Neo Geo, la Gameboy Advance, la Nec, une Playstation NTSC 60Hz importé du Japon avec SF Alpha et switchée par la suite pour faire tourner les jeux PAL. Entre tout ça j'ai même eu une console étrangère qui contenait pas moins d'une centaine de jeu dans sa mémoire interne, un peu comme Alex Kidd avec la Master System. Je recevais Nintendo Magazine, J'achetais chaque mois Console+, Super Power ou encore Joypad, les lisant et les relisant, compilant les trucs et astuces, et les cartes de soluces dans un cahier. Chaque test de jeu me donnant l'envie irrépressible d'y jouer aussi. Mes meilleures expériences vidéo-ludiques à ce jour sont Secret of Mana, Super Metroid et les Illusion of Gaia/Time sur Snes et Final Fantasy VII sur PS. C'est à cette époque aussi que j'ai commencé à peindre des figurines de plombs Warhammer et que j'ai découvert le jeu de cartes SpellFire, bien plus accessible que Magic pour l'âge que j'avais. Avant ça c'était beaucoup les cartes DBZ à collectionner, les Stickers et cahiers de collage Panini, les Pogs, les billes.


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En parlant de billes, on jouait autour des arbres de la cour. On définissait l'enjeu et les billes qu'on avait le droit d'utiliser puis le gagnant remporter ce qui était convenu. Un matin, l'un de nous -On l’appellera Asterix- se pointa avec un boulard, une bille de gros diamètre, en acceptant de jouer à 5 contre 1 voire plus parfois, c'est à dire qu'en acceptant de jouer contre son boulard avec une bille normale et en admettant qu'on puisse gagner, on obtiendrait 5 billes ou plus. Nombreux furent tentés et virent leur sacoche s'alléger tandis que celle d'Asterix se remplissait et revenait chaque jour sans les plus belles collectées la veille. On se retrouvait avec de vielles billes opacifiées par l'usure. Il m'en fallu pas plus pour que quelques jours plus tard, un peu avant la fin de la récré, je m'empare du boulard alors qu'il était en pleine partie. Je courus me cacher au fond de la cour en gardant un œil sur son propriétaire que je vis se diriger vers le couloir qui mène au bureau du directeur ou à un(e) maître(sse) qui passerait par là. Au fond de cette partie de la cour, il y avait une haute double-porte verte qui permettait les livraisons de produits pour la cantine ou plus rarement du nouveau mobilier. Derrière la portre se trouvait une rue assez fréquentée avec divers commerces.

Je vois alors le directeur surgir par la porte qu'Asterix a emprunté un peu plus tôt scrutant d'un balayage circulaire la cour à la recherche de ma personne, bien planqué dans un angle mort et près de la porte de livraison, je prends quelques pas d'élan et envoie avec force le boulard par desssus la porte pour entendre quelques secondes plus tard un fracas assourdissant de bris de verre. Ne me debusquant pas je le vois tourner talon et réentrer. Arrive la sonnerie, j'attend l'ultime moment pour rejoindre mon rang au cas où il viendrait me chercher avant de monter mais personne en vue. On rejoint la classe et apperçoit Asterix larmoyant auprès du bureau de la maîtresse et au moment où je pose mes fesses sur ma chaise, la porte s'ouvre avec énergie et me fixant d'un oeil perçcant, le directeur d'un geste crispé de son doigt rabougri m'intime de le rejoindre. Arrivé à sa hauteur, il m'attrappa par l'oreille et on se mit en route pour l'autre aile de l'ecole. Autant dire que suspendu par l'oreille, j'ai pas vraiment touché le sol de la classe au bureau. Arrivé dans sa tanière, un asiat' en blouse blanche me regardait férocement et sur le bureau une grosse bille un peu sombre.

La porte de livraison repeinte en blanc avec le pressing qui est devenu un restaurant.

J'ai aussi énormément joué à la Game Boy, tellement qu'une fois en jouant à Zelda : Link's awakening, j'étais tellement scotché que je repoussais la pressente envie de pisser que j'avais depuis le début de l'après-midi. Cette envie au fil de la journée devint une envie de chier mais j'avançais grave sur Zelda, je devais avoir 4 ou 5 instruments, les bottes le boomerang et le grappin, j'avais gravi une montagne et arrivait dans une tour aux casse-têtes plus relevés que les donjons parcourus jusqu'ici et toujours cette envie de chier. Bon à un moment il a quand même fallu y aller parceque c'était trop tard : mes petits intestins n'avaient pas pu contenir un instant de plus. Et paf ça fait des Chocapic, et un beau château dans le slip avec en prime toute l'irrigation.


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Une fois en vacances dans mon pays natal, j'ai passé quelques jours dans le quartier d'un de mes cousins. Ils vivaient au rez-de-chausée et les fenêtres étaient munies de barreaux. Tous les matins, une file s'accumulait devant la fenêtre pour faire une partie de GameBoy en l'échange d'une pièce. Le jeu était Forteress of Fear en mode Hard...On rentrait 2 à 5 pièces par minute. Une fois, on s'était acheté des glaces avec une partie de la recette. On s'était aventurés aux abords d'un chantier, un garçon bien plus grand que nous voulut effectuer un transfert sans frais de nos glaces, de nos comptes au sien. Mon cousin, qui le connaissait, lui donna sa glace sans rechigner, il goba la crème d'une bouchée et se mit à fixer la mienne. Le regardant bien droit dans les yeux, je lâchais la glace, le cornet durant la chute pointa vers lel ciel sous la dynamique du poid de la crème et se planta dans le sable chaud. Ce batard l'a ramassée, l'inspecta avant de la relâcher non sans une grimace de dégoût. Le temps se figea, on se regarda avec mon cousin, content de ce geste d'affront mais ça ne plut visiblement pas au gus. Alors que mes yeux se deportait de mon cousin pour regarder le type, il s'était procuré, je ne sais où, une pierre assez grosse qu'il tenait des deux mains au dessus de sa tête et ce connard la lâcha sur mes pieds. Je n'ai eu le temps que de retirer le pied droit. Résultat : le dessus du pied gauche complètement eclaté par la pierre, ca me faisait un mal de chien, mon pied avec le sang glissait dans ma claquette et chaque pas lors du retour à la maison fût un calvaire.



Arrivés à la barraque, mon cousin explique à mon oncle et ce dernier quitte rapidement l'appartement. Ma tante a vidé une bouteille d'alcool à 90° dans une bassine et m'y a plongé le pied avant de me saisir la cheville et la secouer afin de nettoyer la plaie du sable et du sang, à la fois frais et coagulé. La pierre avait imprimé comme des morsures irrègulières sur le dessus de mon pied. J'ai faillli m'evanouir je crois, j'étais en nage, et mes deux cousines firent ce qu'ellles purent pour m'egayer et me redonner le sourire. Mais c'est mon cousin qui y parvint. Il était penché à la fenêtre et me fis signe de le rejoindre. Je m'executais malgré la douleur lancinante de mon pied fraichement soigné et pansé. Les immeubles étaient d'enormes barres de bétons, decoupées en plusieurs immeubles dont l'accès se faisait par des halls en façade. Rapidement mon cousin m'expliqua qui était le jeune qui nous avait agressé, que mon oncle connaissait son père et qu'il était actuellement en route pour lui causer. Pendant qu'il me racontait, j'étais penché sur le rebord de la fenêtre, regardant dans la direction que mon cousin scrutait. Y avait plein de monde devant chaque hall, ça grouillait de jeunes qui jouaient et plus agés assis ou debout, en groupe ou se deplaçant, un quartier quoi avbec des gens qui vaquent à leurs occupations. C'était la fin de l'après-midi, et d'un coup mon cousin pointa le doigt pour me designer mon oncle. Il paraissait tout petit à la distance où il etait. Il devait y avoir 5 ou 6 halls entre lui et nous. Trop loin pour l'entendre, mon oncle paraissait irrité, énervé alors qu'il discutait avec un homme qui semblait plus vieux que lui, puis il se calma un instant et alors qu'il faisait face au type depuis son arrivée, il cessèrent de discuter et mon oncle prit place à ses côtés. Puis je vis l'homme appeler un jeune garçon. Le garçon qui jouait avec d'autres, se figea et s'approcha d'un pas traînant devant eux puis après un court échange entra dans le hall derrière eux. Pendant ce temps mon cousin se rejouissait déjà. Il trepignait en secouant le mains, il mimait des mouvements de boxe. Au bout de quelques minutes, je reconnus le type qui m'avait balancé une météorite de kryptonite sur le pied. Ce ne fût pas long, mon cousin en fût blasé, il s'attendait à une chiffonade mais mon oncle saisit le gars par le col, lui envoya une mandale de bucheron canadien qui fit se figer tout le monde autour, puis le tira violemment à lui tout en lui assenant un coup de boule magistral. Le type devint flasque comme une longue serviette que mon oncle finit par lâcher. Alors que mon cousin quittait la fenêtre en ronchonnant, mon oncle, lui, ajouta quelques paroles au père du type qui semblait acquiesser, il se serrèrent la main et mon oncle le visage et la démarche encore un peu crispés revint vers nous, saluant sur son passage quelques personnes. En arrière-plan, le père relevait son fils à grands coups de torgnoles, ajoutant un peu plus à son humiliation.

 


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J'ai vraiment saigné la Super Nes, mais alors saigné bien plus que mon pied alors que mon meilleur ami de l'époque, lui ne jurait que par la Megadrive. Comme pour la Nes, j'ai eu un bundle" Street Fighter II Turbo Edition". Un autre ami fan de mangas savait nous procurer les cartouches DBZ, Ranma 1/2 et autres conversions SNK comme Art of Fighting ou la série des Rushing Beat en import. On se servait d'adaptateur pour jouer à tout ce qui se faisait de bon : Zelda, Super Punch Out, TMNT, Seiken Densetsu (Secret of Mana), Breath of Fire, Darius, Donkey Kong, Chrono Trigger, Illusion of Gaia/Time, Bahamut Lagoon, Final Fantasy, Batman & Robin, Canon Fodder, Command&Conquer, Super Metroid, Exhaust Heat, Bart's Nightmare, Firemen, Axelay, Megaman X, EarthWorm Jim, ToeJam & Earl, Joe&Mac, Flashback, Mario Kart, NBA Jam, Shaq Fu, ClayFighter, Lemmings, Sim City, Killer Instinct. Je peux ne pas tous les citer et encore moins dans l'ordre mais ayant passé la plupart de mon en enfance en ville, lorsque je n'étais pas dehors à manquer de me faire renverser en vélo, à la piscine ou au square à poser des pétards dans de la merde de chien ou dans des boites à lettres, j'étais les yeux rivés à la télé comme hypnotisé par les sprites qui s'animaient, immergé, emmurré.  Je ne compte pas les heures, et nuits blanches que j'ai tapé durant les week-ends de ma jeunesse à jouer avec mon voisin ou mes camarades de classe chez moi ou bien chez eux.

A force de squatter une boutique non loin de chez moi, je finis par y "travailler". Ce fût au cours d'une journée durant laquelle énormément de jeunes étaient dans la boutique pour profiter des deux bornes en démonstration. Celle qui ameutait tout ce monde et moi-même était Super Street FIghter II. Sur l'autre tournait Unirally avec nettement moins de monde. Agacé par le brouhaha et un chiffre d'affaire visiblement en berne ces derniers temps, le patron de la boutique organisa un tournoi éliminatoire afin de vider la boutique. Nombreux présents ne prirent pas part au tournoi sachant qu'ils ne passeraient pas les premiers tours et dûrent d'office quitter les lieux.

Pour le vainqueur : "Une surprise qui plaira forcément."

On s'est alors tous mis à spéculer sur la nature de la récompense, certains imaginant un jeu offert, quelques deck DBZ ou Yugi-Oh ou encore un coffret de mini-figurines. Un des quatre vendeurs se mit alors en quête des prénoms des participants et le tournoi en 2 rounds gagnants éliminatoires débuta. Je crois bien qu'on devait être autour d'une vingtaine à participer mais y avait près du double de personnes dans la boutique. C'était le feu cet après-midi-là et au prix d'un combat final entre Ryu et Fei Long avec un premier round se soldant par un Double K.O, je finis par gagner in extremis contre un redoutable opposant, bien plus âgé que moi et bien plus à fond. Il a commencé à s'enerver lors du deuxième round, décisif, et a fini par me bousculer pendant la partie et le patron a fait arrêté le combat et m'a permis de mettre trois R (Gros coups de pieds, sans ça il aurait pu me battre mais je ne pense pas qu'il aurait été embauché. A la fin, il ne restait plus personne dans la boutique à part les quatre vendeurs, le patron et un de mes potes.


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Je ne m'entendais pas très bien avec deux des vendeurs. L'un d'eux, appelons-le Lulu, était dans la même école que moi et on était vraiment con avec lui quand j'y repense. Il était toujours sale et mal coiffé, avait plus de caries que de dents dans la bouche, il vivait avec sa mère dans un immeuble de 5 étages squatté par une seule famille africaine dont les enfants, une fratrie de 6 ou 7 frères et sœurs, fréquentaient aussi l’école où nous étions. Le truc cool de cet immeuble, c'est que chaque appartement était comme une grande chambre, les parents occupaient un des appartement du deuxième, la mère de Lulu et lui-même, un de ceux du troisième tous les autres étaient pour les enfants ou les cousins de passages. Il devait y avoir pas moins d'une quinzaine d'apparts où on pouvait se poser et jouer sans trop d'encombres. Mais bon c’était aménagé à la favelas et l'entretien n'en parlons pas. On le charriait constamment. avec le recul, c'était vraiment pas cool. On n'était pas violent physiquement mais moralement je pense que ce qu'on lui faisait subir a dû réellement l'affecter. On a tous dû subir quelques brimades d'un camarades ou deux à un moment ou un autre de notre scolarité mais ça n'allait pas jusqu'à l'harcélement acharné et collectif qu'on lui a infligé. Le patron de la boutique savait tout ça et l'avait pris depuis quelques années déjà comme vendeur. Il empruntait les consoles et les jeux qu'il voulait. Moi j'étais la boutique régulièrement, j'y achetais des jeux à mes anniversaires et à Noël, je me défendais pas mal à la manette et avait une bonne culture pour mon âge et j'avais déjà conseillé quelques clients. Mais j'ignorais tout de la gestion d'un magasin, on apercevait bien l'entrée de l'arrière-boutique entre les deux vitrines du fond. Mais seul les vendeurs et le patron s'y aventuraient ressortant avec des boites intactes sentant bon l'usine de conditionnement pour les placer dans les vitrines d'exposition avec une étiquette allant de 349Frs à 699Frs pour certains titres importés.

Après le tournoi, ils me donnèrent deux vieilles figurines qui étaient sur les étagères derrière le comptoir depuis des lustres, pleines de poussière et semblaient attendre une réaction de ma part. Moi, naïf et heureux de ma victoire, je m'en contentais encore grisé par l'intensité du tournoi. Quittant la boutique après qu'ils aient relevé le rideau métallique. Je quitte la boutique suivi par mon pote, les figurines à la main, y a encore plein de jeunes devant la boutique curieux de connaître enfin la récompense et tout le monde se met à se marrer quand ils découvrent les figurines. Moi, ,je m'en fous, je suis content, j'ai joué tout l'après-midi à Super Street Fighter II, j'ai gagné deux figurines pour me rappeler ma boutique préférée. Peu à peu, les groupes se séparent, et l'attroupement se disperse, mon pote doit rentrer et moi aussi d'ailleurs mais le rideau métallique de la boutique s'ouvre à nouveau et après s'être assuré qu'il n'y a plus  grand monde, je suis invité a ré-entrer. Le patron me propose alors de rejoindre l'équipe et après un bref blabla sur mon implication et ma motivation, je suis "officiellement" intronisé et porte l'effectif de l'équipe actuelle à cinq. J'étais en extase, dans mon petit cerveau de gosse, ça faisait comme des feux d'artifices. Certains pétaient un plomb de me voir devenu "vendeur", nombreux, plus âgés, ont demandé ouvertement au patron d'être embauchés, qu'ils méritaient, s'y connaissaient plus que moi. Mais j'avais gagné ma place sans m'y attendre, peut-être qu'en sachant l'enjeu, je n'aurai jamais gagné ce tournoi, c'est simplement ma soif de jouer, mon envie de m'amuser en faisant ce que je kiffais le plus à l'époque qui m'a offert ce sésame.

J'ai pu découvrir d'où venait les jeux puisque souvent, on allait chez les grossistes pour se ravitailler en quantité toujours assez limitée. Je découvris que dans une certaine mesure les prix des cartouches étaient négociables, qu'on pouvait prendre des cartouches et les payer la fois suivante, que réserver avec une avance permettait parfois d'avoir l'exclusivité, je pense notemment à Tekken et Mortal Kombat III qu'on fût les seuls avec quelques rares boutiques, à avoir disponible les premiers jours de leur sortie officielle à Paris, que la boutique avait un service de Vente par Correspondance et que chaque jour, on devait emballer et poster des jeux commandés par courrier ou téléphone, que certaines boutiques ont parfois besoin d'une cartouche que vous avez et qu'eux ont épuisée ou n'ont pu se procurer et que des merveilles rares peuvent être obtenues ainsi, qu'il fallait chaque mois transmettre les nouveaux prix et dispos au mec qui faisait les maquettes pour les encarts publicitaires dans les magazines spécialisés. Bref un tas de choses qu'on imagine pas à cet âge.

Le midi on avait le droit à un sandwich, soi de chez le kebab avec une sauce blanche et des merguez dont je n'ai jamais pu retrouver la saveur autre part. Un peu comme l'odeur de la mobylette ou de la pipe, des vestiges de souvenirs réconfortants ou bien on allait prendre des baguettes à la boulangerie, du thon à la tomate ou à la catalane et du fromage style Babybel avec une ou deux bouteilles de soda, c'était meilleur que tout. Durant les heures creuses, on matait des OAV en import :Gundam, Evangelion, Urotsukidoji(!), Akira, SF, DBZ dans l'arrière-boutique. On ne comprenait rien au japonais mais les animations étaient bien plus spectaculaires que celles du Club Dorothée. ou on testait des nouveautés qu'on aurait jamais pu autrement, on mettait la musique qu'on voulait. Le soir, le patron me ramenait chez moi en YZF en passant parfois par la Tête dans les Nuages et on jouait à Tekken 2King Of Fighter, Virtua Fighter, Raiden, Virtua Cops,  House of the Dead ou Daytona USA. En plus de tout ça, on étaient "payés", si on puis dire puisque chaque semaine, on se partageait une somme en fonction des ventes de la boutique et de la VPC. C'était monter haut certains mois et sur certaines sorties de jeu et parfois le manque de stock frein à notre profit.


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Le soir, Lulu faisait les comptes. On devait faire une facture pour chaque vente en se servant d'un petit carnet Exacompta qui gardait les duplicatas de facture sur papier autocopiants. Y avait aussi un autre cahier pour les stocks, divisé en plusieurs sections pour chaque console et pour les goodies et autres marchandises. Classé alphabétiquement, chaque ligne correspondait à un article avec son prix de vente, dans la colonne suivante, le patron mettait à jour la quantité disponible le matin et après chaque vente nous devions barrer l'ancienne quantité, mettre l'initiale de son prénom, le numéro de la facture et la nouvelle quantité. Quand on arrivait au bout de la ligne et que la case devenait surchargée, on devait coller une page à l’agrafeuse pour étendre la colonne. Ça permettait d'avoir une certaine traçabilité. Lulu prenait la calculette et le carnet et additionnait les factures de la journée. Un soir il a compté, et a annoncé un montant. Bizarrement, le patron a demandé à l'autre vendeur dont je ne m'entendais pas à mon arrivée de refaire la somme. On a par la suite sympathisé et sommes devenus assez proches, à noter que son grand frère travaillait aussi avec nous, c'est d'ailleurs lui qui gérait l’approvisionnement en OAV et en goodies. On a compté, recompté il manquait bien un peu d'argent, 50 francs exactement.


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Le patron était dégoûté et cherchait d'où venait l'erreur. Il évoqua quelques bizarreries qui le faisaient tiquer depuis quelques mois dans la gestion des stocks, de jeux qui manquaient alors que le carnet disait que non ou des erreurs de compte ou d'initiales. On fermait habituellement entre 19 heures et 19h30, on faisait les comptes, on empruntait les jeux/consoles qu'on voulait dans la limite du raisonnable et chacun rentrer chez soi à pied ou avec le patron en bécane. On était souvent tous chez nous pour le JT de TF1 mais ce soir-là, on a tous appeler sauf Lulu -il avait pas le téléphone à la maison- pour dire qu'on préparait un truc à la boutique et qu'on arriverait plus tard. Rapidement, le patron découvrit le pot-aux-roses et la magouille de Lulu. Celui-ci détournait de l'argent de la caisse en falsifiant les factures et le carnet de stocks. A 10 ans, Il avait pensé et mis en œuvre un système qui lui permettait de temps à autres de taper dans la caisse. On a jamais su quand il avait commencé ni ce qui l'avait poussé à agir ainsi. Du coup le patron s'est séparé de lui, il a supplié comme un bougre en chialant toutes les larmes de son corps. Je l'avais vu de nombreuses fois pleurer durant les récrés où on s'en était pris à lui mais là il ne pleurait pas de frustration ou d'agacement, il était vraiment conscient de ce qu'il allait perdre, devoir rendre les consoles prêtées, finis les bons d'achat, les cadeaux, l'arrière-boutique, l'ambiance dans laquelle on baignait à cette époque dans le courant des années 90.

On était quand même une équipe soudée, parfois un des neveux du patron, un peu plus âgés que nous, venez donner un coup de main avec plein de nouveautés sous les bras et un jour je lui empruntais un exemplaire du magazine Joytstick que j'avais confondu avec Joypad et ce que je découvris m'emerveilla, les jeux sur Ordis avaient bien changé depuis les jeux jeux de plate-formes tout pourris qu'il m'avait été donné de testé bien des années auparavant. Ma mère m'offrit un HP Pavilion doté d'un Pentium 200MMX avec accès internet AOL mais c'est une autre histoire dont je vous causerai sans doute une prochaine fois.

Il y a quelques temps, je sortais d'un cercle de jeu parisien et je fus accosté par un type sale et mal coiffé qui avait plus désormais plus de vide que de caries et de dents dans la bouche, il m'a d'abord demandé une cigarette avec un sourire charmeur me montrant le peu de dents cassés ou noircis, un peu comme des bouts de pics à brochettes calcinés qui sortait ici et là de ses gencives, que je lui tendis avec du feu que je n'ai pas lâché vu comment ses mains étaient sales et couvertes de plaies et de griffures, des cicatrices de mutilations sur les avant-bras. Puis il me demanda de le dépanner de 5€ afin de l'aider à se payer une chambre d'hôtel pour la nuit. J'avais mes gains du tournoi dans une poche de ma veste, près de 2500€ et un peu d'argent de poche dans une autre. En cherchant un billet de 5 je sortis aussi des pièces et un billet de 10 qu'il aperçut. Son corps se crispa et instantanément, il me dit que ces 15€ lui permettraient de prendre la chambre directement sans avoir besoin de plus quémander. Je les lui filer en me disant que s'il savait ce que j'avais dans les poches, j'allais entendre ses litanies jusqu'au bout de la night. Ensuite, il me demanda si je ne m'appeler pas #####, je répondis que c'était bien le cas en effet et j'étais estomaqué. Est-ce que ce mec hagard qui me causait avec des yeux rouges mi-clos cernés on aurait dit au charbon et une bouche pâteuse était doué de pouvoirs divinatoires ? Il me demanda ensuite si je le reconnaissais, je répondis que non et il me dit : « Lulu ». sur le moment, j'avais complètement oublié ce prénom, ce qui sembla le peiner mais je n'avais pas fait le lien, ce n'est qu'une fois rentré chez moi et en repensant à cette rencontre que tout me revint clairement. Il semblait être SDF et consommateur de drogues ou de cachets. J'étais médusé par les circonstances de ces retrouvailles et triste à la fois de le savoir dans cette situation depuis sans doute de nombreuses années avec sans doute très peu de soutien et encore plus de violence à affronter en vivant dans les rues. Ça devait faire pratiquement vingt ans si ce n'est plus qu'on s'était perdus, j'avais déménagé un petit peu après mon entrée au collège mais lui m'avait reconnu aux premiers abords.


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La boutique a fermé depuis, avec l'arrivée des consoles connectées et des plate-formes telles que Steam ou Gog, la distribution du jeu vidéo a complètement changé de modèle et à part quelques boutiques spécialisées et très renommées de Paris, peu sont celles qui ont survécu jusqu'aujourd'hui. D'abord reconvertie par le patron en cybercafé proposant des jeux en LAN FPS et MOBA , il finit par liquider son stock et céder le fond de commerce qui devint un magasin d’électro-ménager puis aujourd'hui un magasin qui vend des babioles à 1€. Aujourd'hui je suis full PC Gamer, ma dernière console était la PS2. J'ai beaucoup joué à GTA SAMP sur des serveurs RP et League Of Legends, DOTA2 et StarCraft 2. Ayant monté récemment un nouveau PC pour remplacer la bouse qui me servais de machine. Mais encore une fois c'est pas le sujet mais sans doute une future idée de billet à vous partager. En attendant, je ne sais pas quand je reposterai mais j'espère que ce premier partage vous aura plu en tout cas moi ça m'a rendu encore plus nostalgique de mon enfance, c'était tous les jours l'été, on se prenait pasa trop la tête, ce qui comptait c'était de rire puis un jour la vie vous rattrappe...

L'emplacement de la boutique "Game Partner" devenue finalement un bazar à 1 balle.

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